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Regroupement de communes : l’APR dénonce le risque pour les officines

La France a la fâcheuse habitude de collectionner les performances qui ne servent à rien. C’est le cas avec nos 36000 communes. Ce nombre record, reflet d’un esprit querelleur bien gaulois, a le don d’irriter certains de nos hommes politiques et bien entendu les instances européennes.

Dans une initiative déjà ancienne, le ministre de l’intérieur Raymond Marcellin avait, dès 1971, tenté de favoriser le regroupement des communes de France. Peu de résultats. Depuis, les caisses de Etat se sont vidées et les dotations ont fondu, leur maintien, temporaire, en cas de regroupement, a fortement relancé l’engouement pour leur réalisation. Ainsi plus de 1000 villages ont fusionné en 2016 formant désormais 319 communes nouvelles.

A l’APR, nous nous sommes intéressés à cette question très tôt et surtout à ses conséquences pour notre loi de répartition. Car il ne suffit pas de rationaliser, encore faut-il prendre en compte les incidences sur la population et les agents économiques locaux. En clair, les patients et les officines. Ainsi, en 2015, nous avons menée une enquête qui indiquait qu’avec les regroupements de communes de cette année-là, cinq nouvelles possibilités de création se faisaient jour. Ennuyeux mais pas encore catastrophique. En revanche en 2017, ce chiffre montera probablement à 15 créations. Ce qui commence à  marquer dans l’absolu, mais surtout semble démontrer une accélération qui pourrait faire craindre de voir un jour la loi de répartition démogéographique vidée de son sens.

Bien entendu, le regroupement de communes ne change pas l’attractivité commerciale d’une zone, mais il peut rendre plus aléatoire la reprise des officines avoisinantes. Car, en dépassant le seuil de 2500 habitants, un regroupement de communes dépourvu d’officine laisse l’opportunité d’une création, viable ou non.

Par ailleurs, dans un même regroupement de communes, les possibilités de  transfert des officines préexistantes sont élargies.

Et c’est bien là tout le risque de ces regroupements de communes. Si d’un point de vue administratif, l’opération est souvent souhaitable, elle crée un risque énorme de déséquilibre de notre réseau en faisant exploser le principe même de proximité et en diminuant la sécurité des investissements : les regroupements de communes peuvent même faire perdre leur sécurité aux regroupements d’officines dont certains deviendront exposés au risque d’une création. Car il n’est possible de s’appuyer sur les anciennes populations que tant que les communes regroupées restent des communes déléguées.

Asphyxiées économiquement, incertaines sur leur avenir, en proie à des difficultés de recrutement de personnel, bien des officines rurales peinent déjà à trouver un repreneur. A l’APR, nous nous mobilisons, pour inverser la tendance, nous organisons une table ronde sur cette question de la reprise d’officine, au prochain congrès des pharmaciens de Nantes, mais il nous faut absolument le concours de tous pour faire émerger ces questions dans les programmes des prochaines présidentielles.

Une hausse du premier palier de 2500 habitants et du second palier de 4500 est-elle envisageable ? Malheureusement il s’agit là d’un dossier que l’Europe suit de tellement près que la marge de manœuvre va être étroite.